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Munich. Ce 2 mai 1836
Mon bien cher ami. J’ose à peine espérer qu’en revoyant
mon écriture vous n’éprouviez plutôt une impression
pénible qu’agréable. Ma conduite à votre égard est
inqualifiable dans toute la vague énergie de ce mot. Et
quelle que soit ou quelle qu’ait été votre amitié pour
moi, quelle que soit l’aptitude de votre esprit à
comprendre les excentricités les plus extravagantes du
caractère ou de l’esprit d’autrui, je désespère en
vérité de vous expliquer mon silence. Sachez que depuis
des mois ce maudit silence me pèse comme un cauchemar,
qu’il m’étouffe, qu’il m’étrangle... et bien que pour le
dissiper il eût suffi d’un très léger mouvement des
doigts... jusqu’à l’heure d’aujourd’hui je ne suis pas
parvenu à effectuer ce mouvement sauveur, à rompre ce
sortilège.
Je suis un exemple vivant de cette fatalité, si morale
et si logique, qui fait de chaque vice sortir le
châtiment qui lui est dû. Je suis un apologue, une
parabole, destinée à prouver les détestables
conséquences de la paresse... Car enfin c’est cette
maudite paresse qui est le mot de l’énigme. C’est elle
qui, en grossissant de plus en plus mon silence, a fini
par m’en accabler comme sous une avalanche. C’est elle
qui a dû me donner à vos yeux toutes les apparences de
l’indifférence la plus brutale, de la plus stupide
insensibilité. Et Dieu sait pourtant, mon ami, qu’il
n’en est rien. En écartant les phrases, je ne vous dirai
que ceci: depuis l’instant de notre séparation, il ne
s’est pas passé un jour que vous ne m’ayez manqué.
Croyez, mon cher Gagarine, qu’il y a peu d’amoureux qui
pourrait en conscience en dire autant à sa maîtresse.
Toutes vos lettres m’ont fait grand plaisir, toutes ont
été lues et relues... A chacune d’entr’elles j’ai fait
au moins vingt réponses. Est-ce ma faute si elles ne
vous sont pas parvenues, faute d’avoir été écrites. Ah,
l’écriture est un terrible mal, c’est comme une seconde
chute pour la pauvre intelligence, comme un redoublement
de matière... Je sens que si je me laissais aller, je
vous écrirais une bien longue, longue lettre, tendante
uniquement à vous prouver l’insuffisance, l’inutilité,
l’absurdité des lettres... Mon Dieu, comment peut-on
écrire? Tenez, voilà une chaise vide auprès de moi,
voilà des cigares, voilà du thé... Venez, asseyez-vous
et causons. — Ah oui... causons comme nous l’avons si
souvent fait, comme je ne le fais plus.
Mon cher Gagarine, vous vous tromperiez beaucoup si vous
jugiez par ce commencement de lettre (que je ne suis pas
sûr d’achever) de l’état habituel et réel de mon humeur...
Et, pour ne parler que du moment présent, les Krüdener,
qui nous quittent demain1, vous diront si j’ai lieu de
me réjouir beaucoup. Après un hiver passé dans les
tiraillements continuels, dont nul que moi n’a eu le
secret, un événement aussi imprévu qu’il aurait pu
devenir affreux a failli bouleverser mon existence... Je
n’ai pas le courage de vous en parler... Mais sachez
qu’à peine revenu à moi-même, j’ai pensé à vous et ai
compté sur votre sympathie...
Par lettres on ne devrait parler que de généralités, car
il n’y a que les généralités qui puissent être comprises
à distance... Mais c’est qu’il y a des moments où la vie
interrompt tout à coup cette discussion philosophique et
vous cherche querelle comme un mauvais bretteur... C’est
même là le côté vraiment tragique de la condition
humaine. Dans les temps ordinaires la terrible réalité
de la vie laisse la pensée se jouer librement autour
d’elle, et lorsque celle-ci est pleine de sécurité et de
foi dans sa force, tout à coup elle s’éveille et d’un
seul coup de patte lui brise les reins... Mais ceci
encore n’est qu’une généralité... Revenons à vos lettres...
Ce que vous me dites de vos premières impressions à
votre retour en Russie m’a intéressé. Je regrette de n’y
avoir pas fait de réponse dans le premier moment,
maintenant c’est trop tard. Car que sais-je où vous en
êtes maintenant? A coup sûr ce ne sont plus les mêmes
nuages au ciel qu’il y a six mois. A l’heure qu’il est
vous devez avoir quitté le bord. Vous devez être entré
dans le courant... S’il y avait de la convenance à
parler des choses qu’on ignore complètement, je vous
dirais en gros que le mouvement intellectuel, tel qu’il
s’accomplit maintenant en Russie, rappelle à certains
égards, et en tenant compte de l’immense diversité de
temps et de position, la tentative catholique, essayée
par les Jésuites... C’est la même tendance, le même
effort de s’approprier la culture moderne moins son
principe, moins la liberté de la pensée... et il est
plus que probable que le résultat en sera le même... Ne
serait-ce que par la simple raison que dans le pouvoir
absolu, tel qu’il est constitué chez nous, il entre un
élément protestant, ipso facto la tutelle de Mr Ouvaroff
et conf<rère>s peut être bonne ou mauvaise, salutaire ou
malfaisante, mais dans tous les cas elle est transitoire...
Ce 3 mai
Hier soir, en vous écrivant, je n’ai pas pu prendre sur
moi de m’expliquer avec vous sur le triste événement
dont j’ai été affligé. Cependant tout bien considéré,
j’aime mieux vous dire le fait tel qu’il est, que de
vous laisser à la merci des versions ou fausses ou
exagérées. Voici ce que c’est.
Ma femme, depuis qu’elle avait sevré son dernier
enfant3, paraissait complètement remise. Cependant le
médecin attendait non sans inquiétude le premier retour
de la période. En effet, le matin même du jour de
l’événement, elle s’annonça par des crampes d’une
violence extrême. On lui fit prendre un bain qui la
soulagea. Vers les 4 heures, comme elle paraissait
parfaitement calme, je la quittai, pour aller dîner en
ville. Je rentrai plein de sécurité, lorsque j’appris en
entrant qu’un malheur venait d’arriver. Je me précipitai
dans sa chambre et la trouvai gisante à terre et baignée
de son sang... Une heure après mon départ, comme elle me
l’a raconté elle-même depuis, elle s’est sentie tout à
coup le cerveau comme envahi par le sang, toutes ses
idées se brouillèrent, et il ne lui reste qu’un
sentiment d’inexprimable angoisse avec l’irrésistible
besoin de s’en délivrer à tout prix. Par une fatalité
inouïe, sa tante venait de la quitter et sa sœur n’était
pas dans la chambre lorsque l’accès se déclara...
S’étant mise à fouiller dans ses tiroirs, elle découvre
tout à coup un petit poignard qui était resté là depuis
la masquerade de l’année dernière. La vue de ce fer fixe
ses idées, et dans un accès de complète frénésie elle
s’en donne plusieurs coups au sein. Aucun heureusement
n’était grave. Perdant du sang et toujours en proie à
cette angoisse dont elle ne peut se délivrer, elle
descend l’escalier, court dans la rue, et là, à 300 pas
de la maison, tombe évanouie. Les gens de Hollenstein,
qui l’avaient vu sortir et qui la suivirent, la
rapportèrent chez elle. Sa vie pendant vingt-quatre h<eures>
fut dans un danger imminent, et ce n’est qu’après lui
avoir appliqué une saignée et 40 sangsues qu’on est
parvenu à la rendre à la raison... Maintenant elle est
hors d’affaire, quant à l’essentiel, mais l’ébranlement
nerveux se fera encore longtemps sentir.
Tel est le fait dans sa vérité vraie, sa cause est toute
physique. C’est un transport au cerveau. Vous qui la
connaissez et qui connaissez tout l’ensemble de la
position, vous n’en douterez pas un instant. Et
j’attends de votre amitié, mon cher Gagarine, que s’il
arrivait qu’en votre présence on cherchât à représenter
la chose sous un jour plus romanesque peut-être, mais
complètement faux, vous démentiez hautement les absurdes
versions6. Le roman est devenu si lieu commun, que même
sous le rapport de l’intérêt tous les bons esprits
doivent préférer un fait physiologique à une aventure
romanesque...
Ayant appris que je vous écrivais, elle me charge de
mille amitiés pour vous... Dans le paquet, qu’elle vous
envoie, le portefeuille est pour vous et le portrait
pour son fils Charles, auquel vous aurez la complaisance
de le faire remettre, en l’instruisant prudemment et
avec discrétion de l’accident arrivé à sa mère...
Je ne vous parle pas de mes affaires de service par la
même raison qui fait que ne lis jamais dans les journaux
les articles concernant la Suisse. C’est trop plat et
trop ennuyeux. Mr le Vice-Chancelier est pis que le
beau-père de Jacob. Au moins celui-là n’a fait
travailler son gendre que 7 ans pour obtenir Lia, pour
moi la mesure a été doublée. Ils ont raison après tout.
N’ayant jamais pris le service au sérieux, il est juste
que le service aussi se moque de moi. En attendant, ma
position se fausse de plus en plus... Je ne puis songer
à retourner en Russie par la simple et excellente raison
que je ne saurai comment faire pour y exister, et
d’autre part, je n’ai pas le moindre petit motif
raisonnable, pour persévérer dans une carrière qui ne
m’offre aucune chance d’avenir. Le malheureux événement
qui vient d’avoir lieu pourra, je le crains, contribuer
à empirer encore ma position. On s’imaginera peut-être à
Pétersbourg que ce serait me rendre un très grand
service que de me déplacer à tout prix de Munich et rien
n’est plus faux. Je ne demande pas mieux que de le
quitter, mais au prix d’un avancement réel, autrement...
Brisons là. Il est honteux de tant parler de soi, et
surtout parfaitement ennuyeux.
Bien des remerciements pour le volume de poésies que
vous m’avez envoyé. Il y a là de l’inspiration, et ce
qui est d’un bon augure pour l’avenir, il y a à côté
d’un élément idéal très développé le goût du réel et du
sensible, voire même du sensuel... Ce n’est pas un mal...
La poésie, pour fleurir, doit avoir ses racines en terre...
C’est une chose remarquable que ce torrent de lyrisme
qui inonde l’Europe, et cela tient pourtant, en grande
partie, à une circonstance très simple, au mécanisme
perfectionné des langues et de la versification. Tout
homme à un certain âge de la vie est poète lyrique. Il
ne s’agit que de lui dénouer la langue.
Vous m’avez demandé de vous envoyer mes paperasses. Je
vous ai pris au mot. J’ai saisi cette occasion pour m’en
débarrasser. Faites-en ce que vous voudrez. J’ai en
horreur le vieux papier écrit, surtout écrit par moi.
Cela sent le rance à soulever le cœur...
Adieu, mon bien cher ami. Et si vous êtes toujours le
même, si vous êtes toujours indulgent et compréhensif,
amnistiez-moi et écrivez-moi. Je vous promets de vous
répondre. Quant à cette lettre-ci, ce n’est rien.
Considérez-la comme non avenue. C’est le geste d’un
homme qui tousse et se mouche avant de commencer à
parler. Rien de plus.
Mes hommages à vos parents.
T. Tutchef
Перевод:
Мюнхен. 2 мая 1836
Любезнейший друг. Едва смею надеяться, что, вновь увидав
мое писание, вы не испытаете чувства скорее тягостного,
нежели приятного. Мое поведение по отношению к вам
неслыханно во всей туманной выразительности этого слова.
И каким бы ни было, в настоящем или прошедшем, ваше
дружеское ко мне расположение, как бы ни умели вы
понимать самые невероятные странности в характере и уме
ближнего, я поистине отчаиваюсь объяснить вам мое
молчание. А надобно вам знать, что долгие месяцы это
проклятое молчание гнетет меня как кошмар, что оно меня
душит, давит... и хотя для того, чтобы нарушить его,
достаточно было бы лишь слегка пошевелить пальцами... до
сей минуты мне не удавалось сделать это спасительное
усилие, прогнать это наваждение.
Я живое доказательство того правила, столь нравственного
и столь логичного, согласно которому всякий порок влечет
за собой равное ему наказание. Я аполог, притча,
призванная продемонстрировать отвратительные последствия
лени... Ибо именно в этой проклятой лени и состоит вся
загвоздка. Это она, накапливая и накапливая мое
молчание, в конце концов погребла меня под ним, как под
лавиной. Это она должна была выставить меня в ваших
глазах примером самого грубого безразличия, самой тупой
бесчувственности. Однако ж, видит Бог, мой друг, это
отнюдь не так. Излишне не распространяясь, скажу вам
одно: с момента нашей разлуки дня не проходило, чтобы я
не ощущал вашего отсутствия. Поверьте, любезный Гагарин,
что редкий любовник может по совести сказать то же своей
даме.
Все ваши письма доставляли мне огромное удовольствие,
все читались и перечитывались... На каждое у меня было
по меньшей мере двадцать ответов. Моя ли вина, если они
не дошли до вас из-за того, что не были написаны. Ах,
писание — страшное зло, это как второе грехопадение для
бедного разума, как удвоение материи... Чувствую, что,
дай я себе волю, я написал бы вам длинное-предлинное
письмо с единственной целью доказать
неудовлетворительность, бесполезность, нелепость
писем... Боже мой, да как же можно писать? Взгляните,
вот подле меня свободный стул, вот сигары, вот чай...
Приходите, усаживайтесь и станем беседовать. — О да...
станем беседовать, как мы беседовали столь часто и как я
больше не беседую.
Любезный Гагарин, вы очень ошибетесь, если по началу
этого письма (которое, не уверен еще, закончу ли) будете
судить об обычном и истинном моем настроении... Что
касается настоящего момента, Крюденеры, покидающие нас
завтра, доложат вам, есть ли у меня основания для особой
радости. После зимы, прошедшей в постоянных
треволнениях, тайна которых известна мне одному,
непредвиденный случай, грозивший ужасными последствиями,
едва не перевернул всего моего существования... У меня
духу не хватает вам о нем поведать... Но знайте, что,
чуть опомнившись, я сразу подумал о вас с надеждой на
ваше сочувствие...
В письмах следовало бы высказывать лишь общие
соображения, ибо только они могут быть восприняты на
расстоянии... Но выпадают минуты, когда жизнь внезапно
прерывает эти философские рассуждения и начинает вас
задирать, как скверный бретер... В этом-то и состоит
истинная трагичность человеческого бытия. В обычные
времена ужасная жизненная реальность дозволяет мысли
свободно порхать вокруг нее, но едва та проникнется
чувством безопасности и верой в свою силу, эта
реальность внезапно оживает и одним ударом своей лапы
ломает ей хребет... Но и это тоже всего лишь общее
соображение... Вернемся к вашим письмам...
То, что вы говорите о ваших первых впечатлениях по
возвращении в Россию, меня заинтересовало. Сожалею, что
не ответил вам тотчас же, теперь слишком поздно. Ибо
откуда мне знать, каковы они сейчас? За полгода,
наверно, много воды утекло. Теперь вы, должно быть,
покинули берег. Вы, вероятно, вступили уже в поток...
Если уместно судить о том, о чем имеешь самое смутное
представление, я бы сказал обобщенно, что умственное
движение, происходящее сейчас в России, напоминает в
некоторых отношениях, принимая в расчет огромное
различие в эпохе и ситуации, католическую кампанию,
предпринятую иезуитами... Это та же тенденция, та же
попытка присвоить себе современную культуру без ее
основы, без свободы мысли... и более чем вероятно, что
результат будет тот же... Хотя бы по той простой
причине, что самодержавная власть, сложившаяся у нас в
России, включает в себя протестантский элемент, ipso
facto* опека г-на Уварова с братией может быть хорошей
или плохой, спасительной или вредной, но в любом случае
она преходяща...
3 мая
Когда я писал вам вчера вечером, мне не хватило
решимости объясниться с вами по поводу печального
события, которое мне пришлось пережить. Однако по зрелом
размышлении я предпочитаю сам изложить все как было,
нежели позволить вам питаться слухами, либо
извращающими, либо раздувающими происшедшее. Вот что
стряслось.
Моя жена казалась совсем оправившейся после того, как
она отняла от груди своего последнего ребенка3. Однако
доктор не без тревоги ожидал возобновления известного
физиологического периода. Действительно, утром того
злополучного дня этот период заявил о себе сильнейшими
спазмами. Ей сделали ванну, которая ее облегчила. Около
4 часов, поскольку она выглядела совершенно спокойной, я
покинул ее, чтобы пообедать в городе. Я вернулся домой в
полной уверенности, что все благополучно, и в дверях
узнал о случившемся несчастии. Я бросился в ее комнату и
нашел ее распростертой на полу и обливающейся кровью...
Через час после моего ухода, как она сама мне потом
рассказывала, ей в голову вдруг словно бы кинулась
кровь, все мысли ее смешались, и у нее осталось только
одно ощущение неизъяснимой тоски и непреодолимое желание
избавиться от нее любою ценой. По какой-то роковой
случайности припадок начался тогда, когда ее тетка4
только что ушла, а ее сестры5 не было в комнате...
Принявшись невесть зачем рыться в своих ящиках, она
натыкается вдруг на маленький кинжал, завалявшийся там с
прошлогоднего маскарада. Вид этого клинка указывает ей
выход, и в приступе совершенного исступления она наносит
себе множество ударов в грудь. К счастью, все раны
оказались не глубокими. Истекая кровью и терзаясь все
той же неотвязной тоской, она спускается с лестницы,
выбегает на улицу и там, в 300 шагах от дома, падает без
чувств. Люди Голленштейна, видевшие, как она выбежала,
последовали за ней и принесли ее домой. В течение суток
жизнь ее находилась под угрозой, и лишь после того, как
ей отворили кровь и поставили 40 пиявок, удалось
привести ее в сознание... Теперь главная опасность
миновала, но нервное потрясение еще долго будет давать
себя знать.
Такова истинная правда, причина происшедшего чисто
физическая. Это прилив к голове. Вы, знакомый с ней и
знающий общее положение вещей, ни на минуту не
усомнитесь в этом. И наша с вами дружба позволяет мне
надеяться, любезный Гагарин, что если кто-нибудь в вашем
присутствии вздумает представлять дело в более
романическом, может быть, но совершенно ложном
освещении, вы во всеуслышание опровергнете нелепые
россказни6. Роман уже до того приелся, что даже в смысле
занимательности все остряки должны предпочитать
физиологическое явление романическому приключению...
Узнав, что я вам пишу, она поручила мне передать вам
самый сердечный привет... В свертке, который она вам
посылает, находится бумажник, предназначенный для вас, и
портрет для ее сына Карла, окажите любезность, передайте
его ему, осторожно и деликатно сообщив о том, что
случилось с его матерью...
Не говорю вам про свои служебные дела по той же причине,
по какой никогда не читаю в газетах статей про
Швейцарию. Это слишком банально и слишком нудно. Г-н
вице-канцлер хуже тестя Иакова. Тот, по крайней мере,
заставил своего зятя работать только семь лет, прежде
чем отдал ему Лию, для меня же срок был удвоен. В конце
концов они правы. Поскольку я никогда не воспринимал
службу всерьез, службе тоже не грех посмеяться надо
мной. Между тем положение мое становится все более и
более ложным... Я не могу мечтать о возвращении в Россию
по той простой и восхитительной причине, что мне не на
что там будет существовать, с другой стороны, у меня нет
ни малейшего разумного повода упорно подвизаться на
поприще, которое ничего не обещает мне в будущем.
Недавнее злосчастное событие, боюсь, еще поспособствует
ухудшению моего положения. В Петербурге, чего доброго,
вообразят, что они окажут мне великую услугу, если
только переведут меня куда-нибудь из Мюнхена, однако это
отнюдь не так. Я с радостью покинул бы этот город, но
при условии действительного повышения, иначе... Впрочем,
довольно об этом. Стыдно столько говорить о себе, а
главное смертельно скучно.
Очень благодарен за присланную вами книгу стихотворений.
В них есть вдохновение и, что является хорошим
предзнаменованием на будущее, наряду с сильно развитым
идеалистическим началом есть вкус к жизненному,
осязаемому, даже к чувственному... Беды в этом нет...
Дабы поэзия цвела, она должна быть укоренена в земле...
Замечательное явление этот поток лиризма, заливающий
Европу, однако в истоках его лежит очень простое
обстоятельство, усовершенствование приемов языка и
стихосложения. Всякий человек в определенном возрасте
становится лирическим поэтом. Нужно только развязать ему
язык.
Вы просили меня прислать вам мое бумагомаранье. Ловлю
вас на слове. Пользуюсь случаем, чтобы от него
избавиться. Делайте с ним все, что вам
заблагорассудится. Я питаю отвращение к старой
исписанной бумаге, особливо исписанной мной. От нее до
дурноты пахнет затхлостью...
Прощайте, любезнейший друг. И если вы все тот же, если
вы все так же полны снисходительности и понимания,
даруйте мне помилование и напишите мне. Обещаюсь вам
ответить.
А это письмо побоку. Считайте, что его нет. Это просто
откашливание и отсмаркивание человека, готовящегося
произнести речь. И ничего более.
Мое почтение вашим родителям.
Ф. Тютчев
* в силу самого этого факта (лат.) |